La culture du chanvre à Vourey…

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Du XVIIIème au XIXème siècle, la culture du chanvre est omniprésente à Vourey, et fait vivre bien des habitants de notre village.
Mais commençons par le début…

Qu’est ce que le chanvre ? 

Le chanvre est un des premières plantes cultivées par l’homme, au néolithique, probablement en Asie. Il a ensuite accompagné migrations et conquêtes pour se répandre sur tous les continents.

Le chanvre agricole, cultivé à Vourey et plus largement dans l’ensemble du Dauphiné, l’était pour la partie périphérique de sa tige. Elle servait à confectionner des vêtements. Les vêtements royaux occidentaux étaient souvent constitués d’un mélange de chanvre et de lin. La première Bible, imprimée par Gutenberg, l’aurait été sur du papier de chanvre.

Le papier de chanvre fut utilisé jusqu’au XIXème siècle. Au début du XXème siècle, en Europe, les fibres de chanvre furent remplacées par le coton, originaire des Etats-Unis. Plus récemment, ces fibres résistantes et à portée de main, ont servi à fabriquer des vêtements militaires lors des deux guerres mondiales. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle furent remplacées par des fibres synthétiques, au tissage plus régulier. Les fibres ont longtemps été utilisées pour fabriquer les billets de banque avant d’être remplacées par de l’ortie. Elles ont également été utilisées pour les cordes et cordages, et ont participé pendant longtemps à l’élaboration des voilures de bateaux.

Vourey, comme la plupart des villages de notre canton, était au XVIIIème et une partie du XIXème siècle, un haut lieu de la culture du chanvre, avant de connaître des jours difficiles. A son apogée, au début du XIXème siècle, 176 000 ha de chanvre étaient cultivés en France pour le marché de la papeterie et de la marine à voile. La surface fut réduite à environ 700 ha dans les années 1860, en raison de l’émergence de l’utilisation du coton et de la marine à moteur. Cette culture connut cependant un certain regain d’intérêt dans les années 1970.

Les années fastes… 

En étudiant des archives familiales de Vourey, nous avons retrouvés des documents liés à cette ancienne culture, et notamment une patente de « peigneur et marchand de chanvre au détail » », délivrée pour l’année 1845 à un certain M. Etienne Brune, cultivateur de chanvre sur la commune de Vourey.

Mais avant de pouvoir être tissé, le chanvre devait subir toute une préparation : le « rouissage ».

Une fois récolté, le chanvre était roui, séjournant dans l’eau une dizaine de jours pour que les fibres se détachent. Ensuite, on le broyait sous la braie et on le passait au séran qui séparait ce qui pouvait être filé au rouet à à l’étoupe. Ce travail préliminaire du chanvre était effectué par les agriculteurs, qui trouvaient-là une source de revenu supplémentaire. C’était surtout les femmes qui filaient (il faut différencier cette production familiale de l’activité des tisserands). Elles recevaient le fil d’un marchand-tissier qui récupérait ensuite la toile de chanvre pour la vendre en France et à l’étranger, ramenant en échange des épices et divers produits.
Bon nombre de nos concitoyens ont vécu en partie de la culture du chanvre, mais, malheureusement, cette culture subit de plein fouet la crise industrielle et disparut inexorablement de notre village.

Le déclin…

En effet, dès 1839, un rapport d la chambre consultative des arts et manufactures de la ville de Voiron constatait : « la toile de Voiron, dont le prix est plus élevé que celui des toiles du Nord, s’écoule difficilement. »

Les tissages du Nord devinrent finalement les principaux fournisseurs. L’Angleterre, elle aussi, contribua à ce déclin en introduisant des fils de lin en vue de remplacer les fils de chanvre. Enfin, les différentes crises économiques qui jalonnèrent les XIXème siècle (1828, 1839, 1848, 1852 et 1857), accélérèrent le déclin de la culture du chanvre.

En 1857, une nouvelle secousse ébranla le système économique. Elle débuta par la maladie du ver à soie, puis une crise boursière aux Etats-Unis entraina la baisse des exportations. Toute l’industrie textile fut à nouveau touchée.

La fabrication des toiles de chanvre souffrit aussi d’un handicap qu’elle eut du mal à surmonter : une mécanisation difficile. Il n’est pas exclu de croire également que l’industrie du chanvre chuta à cause d’une volonté politique de développer l’industrie du lin.

Face à de telles déconvenues, les cultivateurs de chanvre de Vourey peinèrent à vendre leur récolte aux acheteurs de Voiron. Le ministère de l’Agriculture instaura pourtant des primes à la culture, mais rien n’y fit. Nos agriculteurs se tournèrent alors vers d’autres productions. Le chanvre dans nos champs avait vécu.

chanvre-vourey

Les Trace du Passé… 

Aujourd’hui, malheureusement, on ne trouve plus beaucoup de témoignages de cette culture passée. Toutefois, il existe encore un endroit dans la plaine, appelé « Bois de la commune« , qui reste le lieu caractéristique du rouissage du chanvre. En effet, sur le plan cadastral, ce bois est découpé en bandes longitudinales appartenant chacune à des familles différentes. La particularité de ce lieu réside dans le fait que chaque bande de ce bois aboutit au ruisseau qui le longe. Ainsi, chaque propriétaire pouvait créer son rouissoir pour le travail du chanvre. Un œil averti pourrait même distinguer, au cœur de ce bois, les vestiges d’un ancien rouissoir !

Le rouissage est la macération que l’on fait subir aux plantes textiles telles que le lin, le chanvre, etc…, pour faciliter la séparation de l’écorce filamenteuse d’avec la tige. On fait rouir le chanvre ou le lin dans un routoir ou rouissoir. Le terme vient du francique « rotjan », qui signifie pourrir. Jusqu’au XIXème siècle, pratiquement chaque ferme possédait son routoir, parfois appelé « mare au chanvre« .

Près des forêts se trouvaient aussi des « mares aux poutres« , dans lesquelles trempaient les troncs destinés aux charpentes et constructions.

Le chanvre s’arrachait en deux fois : le chanvre mâle, cueilli en juillet août, rouissait plus promptement que le chanvre femelle qui lui ne mûrissait qu’en septembre et octobre. L’extrémité des tiges rouissait plus lentement que les parties voisines de la racine, les gros brins exigeant moins de temps que les petits. La moyenne pour le rouissage du chanvre était de 8 à 10 jours en mai, de 6 à 8 jours en août et de 10 à 12 jours en octobre.

Le rouissage était suffisant quand les fibres se séparaient facilement les unes des autres sur toute la longueur de la tige. Il était important que la fermentation soit arrêtée à ce moment, car si elle durait plus longtemps, la filasse prenait une teinte brune et perdait sa force de résistance. Comme il était difficile de déterminer le moment exact où le rouissage était terminé et comme d’autre part, une fermentation trop prolongée enlevait aux fibres une grande partie de leur valeur, on n’attendant jamais que la plante soit complétement rouie pour la sortir de l’eau. on achevait l’opération en l’étendant sur la prairie pendant quelques jours.

Bien des années après, qu’en est-il ? 

Cette plante écologique, car peu gourmande en eau, offre maintenant des débouchés très prometteurs dans la construction (briques et laine isolante), l’énergie (combustibles), la plasturgie, la cosmétique, etc…

Actuellement, on compte 15 producteurs de chanvre en Isère, et le Conseil Départemental envisage la construction d’une usine de défibrage alors… dans quelques années, pouvons-nous espérer revoir des champs de chanvre dans notre campagne voureysienne ?

texte extrait du livre « Histoire et histoires de Vourey », par Les Compagnons de Volvredo